4 avril 2016

Libérer la parole Une parole redoutée par les adultes, mais salutaire pour les orphelins.

Beaucoup de deuils silencieux dans l’enfance et l’adolescence ressurgissent à l’âge adulte, avec, souvent, une violence émotionnelle décuplée.

C’est le constat dressé par Guy Cordier, pédopsychiatre, formateur et conférencier, qui a suivi plus de 350 enfants et adolescents endeuillés au cours de sa carrière.

Sa conviction : libérer la parole. Une parole redoutée par les adultes, mais salutaire pour les orphelins.

 

TRANSCRIPTION TEXTUELLE VIDÉO GUY CORDIER

 Plan sur Guy Cordier, pédopsychiatre

Je dis souvent que, en France, je dirais, les enfants confrontés à la mort d'un proche et, notamment, à la mort d'un parent sont encore trop souvent abandonnés à eux-mêmes.

La plupart du temps, ils sont écartés des rituels du deuil, on pense que c'est trop douloureux pour eux. On veut leur épargner ça.

Ils sont trop souvent encore privés de remémoration, d'évocation de souvenirs.

Et, ils ont, je dirais, relativement peu l'occasion de pouvoir exprimer les sentiments douloureux, complexes, qui habitent tout endeuillé, les sentiments de tristesse, de colère, de culpabilité, de peur, voilà.

On peut rajouter à ça, à cette situation qui est quand même préoccupante, que ceux qui seraient en principe les mieux placés pour aider ces enfants, les médecins généralistes, quand un deuil survient dans une famille, les psychologues, les pédopsychiatres n'ont aucune formation, encore aujourd'hui, sur l'enfant en deuil.

La difficulté de l'enfant en deuil, c'est qu'effectivement, il doit continuer à vivre avec un parent lui-même endeuillé profondément parce que la perte d'un conjoint, c'est un choc, c'est une violence, c'est un deuil douloureux et difficile.

Alors, je dis souvent que, aider les enfants orphelins, endeuillés, c'est d'abord aussi et d'abord aider les parents. C'est leur donner aussi des repères sur ce que vivent leurs enfants dans cette situation-là, pour qu'ils puissent, je dirais, adapter leur comportement, savoir, par exemple, qu'il vaut mieux inviter les enfants à participer aux différents rituels du deuil.

Il ne faut pas hésiter à évoquer les souvenirs en leur présence de façon... dans la vie de tous les jours, de telle façon que les enfants comprennent qu'il n'y a pas là un interdit qui est posé sur cette évocation des souvenirs.

Ils pourront mettre aussi, les parents, des mots sur leurs émotions : " Oui, tu vois quand je parle de ton papa, j'ai des larmes, je pleure parce que je suis triste", donc ce qui permet à l'enfant aussi de, je dirais, peut-être, de reconnaître aussi sa propre tristesse et de pouvoir l'exprimer.

Donc, tout ce qui pourra aider un enfant à exprimer ce qu'il vit, ce qu'il ressent, tout ce qui le sortira du silence, est vraiment une aide très appréciable à court, moyen et long terme.

Fin de la vidéo

Découvrir l' événement du 10 décembre 2015